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[ Buste d'Ogier le Danois ]

Ogier le Danois

et

Holger Danske

Version française

[ Holger Danske assoupi (chateau de Kronborg) ]

• Notes sur cette section…

Nouveau petit Larousse

Ogier le Danois, héros d’une chanson épique (XIIe s.) rattachée à la geste de Doon de Mayence. Ogier, après un long conflit avec Charlemagne, finit saintement sa vie dans un monastère.

Dans la chanson de Roland (Classiques Larousse, notes par André Cordier, 1936)

XII - L’empereur s’en va sous un pin; il mande ses barons pour tenir son conseil : le duc Ogier (1), l’archevêque Turpin, (...)

1. Ogier le Danois : un des plus illustres héros de nos chansons de geste; otage, ami, puis ennemi de Charles, dont il tua le fils; il se réconcilia avec lui, et pour lui accomplit de merveilleux exploits.

Ogier le Danois, d’après l’encyclopédie de Salmonsen, Copenhague 1921

Holger Danske, héros populaire danois, apparaissant en particulier dans la poésie du moyen-âge, et ayant son origine historique dans la poésie chevaleresque française avec Ogier le Danois ou Ogier de Danemarche dans le cycle épique de Charlemagne. La légende française est au départ une interprétation libre d’évènements et de circonstances authentiques.

Ogier comme vassal révolté : Le franc Autchari (prononciation française ultérieure : Ogier) était un conseiller du roi Carloman, mais adversaire de son frère Charlemagne. Après la mort de Carloman (771), il s’enfuit avec la veuve et les enfants de celui-ci, pour se réfugier auprès du roi lombard Desiderius. Mais Charles le poursuit et encercle Desiderius dans sa capitale, Pavie. Pendant ce temps, Autchari (Ogier) et le fils de Desiderius, Adelchis, se réfugient à Vérone. Le premier se rend probablement à Charles, alors que l’autre s’enfuit par la mer et se réfugie à Constantinople (773 ou 774).

• Ogier champion de la lutte contre les Païens : Du temps de l’empereur Charles, deux guerriers, Benedict et Othgerus, s’étaient retirés dans le monastère de St Faron à Meaux. Cette retraite avait duré de longues années, lorsque les sarrasins se lancèrent à la conquête du pays. Il s’empara alors de ses vieilles armes et de son cheval, pris la route et abattit rapidement douze des plus vaillants ennemis, à la suite de quoi, l’armée païenne prit la fuite. Historiquement, il n’est pas certain que ce géant voué au monastère fut le même que l’adversaire de Charles, mais la légende les a en tout cas considérés comme une seule et même personne.

On a longtemps cru que trois personnes constituaient la base historique de la légende :

Mais le fondateur de Tegernsee n’a fait qu’emprunter les récits célébrant le moine de Meaux, tirant parti de la ressemblance des noms. Nulle part il n’est fait mention d’un danois nommé « Olgerus » dans les sources de l’époque carolingienne : il n’apparait qu’au XIIes, période où l’on attribue à Ogier le danois les plus singulières initiatives de bâtisseur...

Il est plus probable que la légende d’Ogier trouve sa source dans le poème épique français « Chevallerie Ogier », écrit à la fin du XIIe siècle par Raimbert de Paris, d’une longueur de 13000 vers, mais dont le contenu provient de cantilènes probablement composés dès le XIe s.

• Le premier chant de l’épopée de Raimbert concerne la jeunesse d’Ogier, où il est devenu le fils d’un adversaire de l’empereur Charles, le roi danois Godfred. Il est donné en otage à l’empereur, manque de peu d’être tué quand Godfred rompt la paix, et participe à la campagne d’Italie pour aider le pape contre les sarrasins. Dans la première bataille, il sauve la situation rendue désespérée par la lâcheté du duc italien Alori. Il est ensuite vainqueur dans un combat singulier sur l’île du Tibre, mais se fait surprendre et est capturé. Prisonnier de la princesse sarrasine Gloriandre, il tombe amoureux d’elle. Il affronte alors son prétendant le terrible Brunamont, est vainqueur - et la donne à son fiancé Caralieus, lequel s’était volontairement rendu au camp des Francs comme garant de la vie d’Ogier. - D’un point de vue historique, ni Charlemagne ni aucun Ogier connu n’a participé à cette campagne de Rome. Il s’agit d’une réminiscence des combats contre les sarrasins autour de Rome au IXe s. L’acte de bravoure d’Ogier prisonnier qui, vainqueur d’un tournoi sauve la dame de son coeur, est emprunté aux exploits ultérieurs d’Ogier dans son combat contre les païens.

[ buste d’Ogier ]
Reconstitution du buste

L’intérêt de l’histoire réside dans la manière dont les idéaux chevaleresques s’expriment à travers la conduite des ennemis Caralieus et Ogier, ainsi que la relation entre Ogier et Gloriandre.

• Le deuxième chant du poème épique traite de Baldouin, le jeune fils d’Ogier. Lors d’une partie d’échecs, Baldouin est tué par le fils de Charles, Karlot, lors d’un accès de colère. Ogier refuse de recevoir un dédommagement et est banni. Ceci est un évènement complètement romanesque, qui est utilisé par l’auteur comme préliminaire à la fuite d’Ogier auprès de Desiderius, et à sa longue lutte contre Charles. D’autres légendes au contraire, attribuent son séjour en prison au meurtre de Karlot.

• Le chant suivant décrit - de manière relativement historique - le passage du St Bernard par Charlemagne et sa victoire sur les Lombards. Ogier est naturellement le héros de la bataille. Ensuite vient une série de chants célébrant sa résistance héroique au Chateau de Castlefort à la tête d’un tout petit nombre de guerriers. Finalement il est capturé durant son sommeil et mis en prison. Mais les musulmans et les Saxons se jettent sur l’Allemagne et la France, et on va rechercher Ogier dans sa prison. Ses armes et son vieux cheval de guerre sont amenés du monastère de Meaux. Dès qu’il a les armes à la main, il se jette sur Karlot, mais un ange l’arrète et il part en guerre contre le sarrasin Brelius. (Bien qu’amalgamée avec la guerre contre les lombards, on retrouve dans cette version de nombreux aspects de la légende de Meaux).

• Dans les deux derniers chants (XIe et XIIe), le poète lui fait délivrer une princesse anglaise des griffes de pirates sarrasins, à la suite de quoi il épouse celle-ci.

[ fresque Skaevinge ]

Partie d’une fresque du XVIe décorant l’église de Skævinge dans le Sjælland, à environ 50 km de Copenhague, et représentant « Holger Dansck ».

[ visitez ]
Les églises du Danemark renferment une très belle collection de fresques (kalkmalerier), allant du Roman à la Renaissance. Visitez ce site !

Au XVe s., on assiste à une véritable explosion d’histoires d’Ogier qui viennent augmenter le cycle épique. Celui-ci est traduit en prose et divulgué à l’aide de l’imprimerie. La légende se répend dans d’autre pays, notamment aux Pays Bas.

Au Danemark, on adopte aussi le poème chevaleresque français, mais sous une forme plus singulière qu’ailleurs. Seule une petite partie des péripéties françaises d’Ogier est reprise, et on y mélange de nouveaux thèmes et interprètations. C’est ainsi que se crée le héros national danois Holger Danske (puisque c’est la forme que prendra son nom dans les contes et légendes populaires du pays). On y retrouve à l’origine le combat contre Burmand (Brunamont), mais dans la version danoise, toute relation historique avec Charlemagne et Rome a disparu. Gloriant (Gloriande) est devenue princesse hongroise. Le passage de ce thème français dans la poésie danoise se fait probablement à travers la Karlmagnus Saga norvégienne (comme plusieurs noms de personnages le laissent supposer). Au XVe, le récit est si répandu qu’on trouve même dans une église suédoise une représentation de Holger Danske avec l’inscription : « Holger Danske remporte la victoire sur Burmand ».

Les bases historiques sont désormais oubliées, et Holger Danske se retrouve dans le role de champion de l’indépendance du Danemark contre le pouvoir impérial allemand personnifié par Didrik de Bern dit Didrik le fort (XVIe s). La-dessus viennent se greffer des éléments de la mythologie scandinave, avec le géant endormi (Holger Danske) qui se réveillera lorsque le pays sera menacé. Il existe différentes variantes régionales, mais c’est sous cette forme que la légende est connue aujourd’hui : en Sjælland, il dormirait dans les caves du chateau de Kronborg... De fait, une statue le représentant (réalisée en 1907) s’y trouve.

Lors de l’occupation allemande, le « groupe Holger Danske » fut une des organisations de résistance les plus actives.

« Ogier de Deen » à Tongres [Tongeren] (Belgique)

La royauté Franque passe aux mains des maires du Palais [Mérovingiens], sans de graves conséquences pour la Tongrie, et comme Tongres a toujours conservé son antique renommée [Tongres était la deuxième ville Romaine par son importance dans le nord de la Gaule] Ogier le Danois reconstruit le temple chrétien de Tongres et ce nouveau temple est consacré en 804 par le pape Leon III en presence, affirme-t-on, de Charlemagne, récemment couronné empereur.

La légende qui retrace la reconstruction de l’église de Tongres par Ogier a son origine dans un ouvrage « historique » écrit par Jean d’Outremeuse (alias Jean des Preis ou Jan van Overmaas) au XIVe siècle. Il mêla la légende d’Ogier issue du populaire Cycle du Roi de Raimbert de Paris avec sa version de l’histoire ancienne de Tongres, dans le mirroir historial.

(Merci à Elke Wesemael de « ARON Archeologisch Projectbureau »)

Jean des Preis, dit Jean d’Outremeuse (1338-1400) fut greffier à Liège. Il composa une sorte d’histoire universelle en prose allant de la prise de Troie à 1340. Li Myreur des histors [le Miroir historial ] est une œuvre dans laquelle on retrouve toutes sortes de légendes mêlées à des histoires vraies ainsi qu’à des passages de deux textes antérieurs remis en prose, tels Ogier le Danois ou la Geste de Liège. Il est également l’auteur d’un lapidaire : Trésorier de philosophie naturelle des pierres précieuses. (L’Encyclopédie Médiévale).

Différentes formes du nom, ou noms de personnages ayant été assimilés à Ogier le danois :
Ogier le Danois (Oger le Danois)
Ogier de Deen (néerlandais)
Ogier de Danemarche
Autchari
Otkar
Othgerus
Olgerus dux Daniæ
Ozzarius (den Danske)
Oddgeir den Danske
Udger Danske
Olger Danske
Holger Danske

Holger : prénom masculin. Vieux danois : Holmger, vieux norrois : Holmgeirr. Étymologie : du vieux norrois holmr (îlot, protubérance. À rapprocher de : lat. culmen & collis, angl. hill ) et geirr (lance). [ Nudansk ordbog ]

Vieux norrois  : langue ancienne (appartenant au groupe des langues germaniques) qui est à la base des langues scandinaves actuelles (danois, suédois, norvégien, islandais, etc.)

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